Inauguration : Le télescope oublié

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11/12/2017

Inauguration : Mardi 12 Décembre, 18h30, ESPGG.

Le télescope pyrhéliométrique de Charles Féry a été retrouvé dans un placard de l’ESPCI, lors d’une campagne d’inventaire des instruments historiques en prévision des travaux de restructuration de l’École. Cet appareil, dont il n’existe qu’un exemplaire dans le monde, a été conçu en 1906 par Charles Féry, ingénieur de la première promotion de l’ESPCI et professeur d’optique à l’École, et a été construit par Charles Beaudouin, le facteur d’instruments scientifiques des Curie, établi rue Lhomond.

© André Pierre Legrand
Il est très original par l’utilisation précoce de l’électricité couplée à l’optique. Il se présente comme un télescope de Newton, mais prend des mesures électriques grâce à un couple thermoélectrique placé au foyer du télescope, qui transforme l’énergie du rayonnement solaire en une tension électrique. En utilisant la loi de rayonnement du corps noir – un modèle physique décrivant des objets idéaux qui absorbent tout le rayonnement électromagnétique qu’il reçoivent, sans en réfléchir ni en transmettre – l’énergie mesurée peut être convertie en une température. C’est ce qui a permis à l’astronome Gaston Millochau, de l’Observatoire de Paris-Meudon, de fournir en 1906 et 1907 des mesures de la température de surface du Soleil précises à moins de 2% de la valeur moderne ! Pour réaliser ces mesures, Millochau a emmené le télescope pyrhéliométrique à deux reprises dans un observatoire éphémère installé au sommet du Mont Blanc.

Au-delà de son aventure épique, cet instrument est un témoin privilégié de la naissance de l’astronomie physique (la future "astrophysique"), qui utilise les outils de la physique pour étudier les rayonnements venus du ciel, là où l’astronomie traditionnelle (dite "de position") se contentait de mesurer les déplacements des astres. Les petits frères du pyrhéliomètre ayant été utilisés par centaines dans l’industrie au début du XXe siècle pour mesurer la température de hauts fourneaux, l’instrument est aussi représentatif des interactions fructueuses entre recherche fondamentale et recherche appliquée, qui ont marqué l’histoire de l’ESPCI depuis ses débuts. Il vient de faire l’objet d’une restauration par Bernard Pigelet, financée par ESPCI Alumni, et deux articles d’histoire des sciences lui ont été consacrés, écrits par Guillaume Durey, André Pierre Legrand et Denis Beaudouin, et bientôt soumis aux revues L’Astronomie et Nuncius.





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